...ma mère est née en 1951 dans l'Est de la France, de père et de mère inconnu...sa venue au monde est digne d'un roman de Victor Hugo : elle a été receuilli par un homme dans la force de l'âge, lui même père de grands enfants, qui la trouve flottant sur la Moselle "à bord" d'une petite embarcation de fortune dont "la légende" ne fait pas mention (les uns parlent d'une péniche)...sur la photo où on le voit porter ma mère d'à peine 1 an sur ses genoux, on devine un homme sécurisant, protecteur, c'est un homme costaud, "un bon gars du nord !"...on imagine qu'il devait être bel homme dans sa jeunesse...les traits du visage sont doux et bien dessinés...si j'avais eu un grand-père, j'aurais voulu qu'il lui ressemble...à sa mort les choses se gâtent pour ma mère...à 14 ans elle se fait violer par un des fils...elle accouchera 9 mois plus tard d'une petite fille : elle n'a que 15 ans, fait l'école ménagère où elle apprend à tenir une maison, cuisiner et coudre, mais où on n'y apprend pas les choses relatives à la sexualité...ces "choses-là" on n'en parle pas...c'est tabou...elle pensait d'ailleurs accoucher par le nombril..."on" ne crût pas à son histoire..."on" décida qu'elle devait se taire...qu'elle arrête de raconter des histoires..."on" décréta de ne plus en parler...jamais..."on" estima qu'il était trop tard pour avorter, d'abord parce que ce n'est pas légal, ensuite c'est trop compliqué : il faut connaître quelqu'un qui connaît quelqu'un qui connaît une "faiseuse d'ange", ou avoir dans sa famille ou ses relations un médecin, et puis ça représente un coût; pour une fille qui n'est même pas de la famille en plus...enfin c'est effectivement trop tard..."on" décida qu'on placerait la petite dans un foyer...quant à ma mère elle allait reprendre sa vie de jeune adolescente là où elle l'avait laissé, comme si de rien n'était...l'objet du "délit" étant écarté, l'honneur étant presque sauf...tout avait été mis en oeuvre pour faire taire les mauvaises langues...avec un peu de chance on aurait rien remarqué......elle reprit donc sa vie là où elle l'avait laissé...ne connaissant pas l'amour d'une mère, l'amour d'un père, elle le chercha sans jamais le trouver, dans les bras d'un homme...beaucoup d'homme...elle crût bon devoir se donner pour le recevoir...la dernière fois on lui avait pris du plaisir, de force mais du plaisir quand même, c'est mieux que rien...étant dans l'ignorance de toutes ces choses, c'était déjà beaucoup...et lui servit de référence...personne ne se préoccupant de son manque d'affection, de son manque d'amour, personne pour lui témoigner de l'attention...on avait même été jusqu'à lui refuser le droit de reconnaissance...elle allait donner comme "on" lui avait pris...donc mal...et elle allait recevoir comme elle avait reçu jusque là...c'est à dire très peu...
...et ce qui devait arriver arriva...





